Les émeutes en Guadeloupe ont fait leur première victime. Jacques Bino, agent des impôts et syndicaliste est décédé dans la nuit du mardi au mercredi 18 février 2009, alors qu’il rentrait en voiture d’un meeting du collectif LKP, touché au thorax par un tir mortel en provenance d’un barrage tenu par des jeunes ou d’un des immeubles de la cité Henri-IV, un secteur sensible du quartier Chanzy, a précisé le préfet de Guadeloupe, Nicolas Desforges.

Trois policiers et trois gendarmes ont par ailleurs été légèrement blessés par des tirs de plombs en accompagnant des pompiers venus porter secours au syndicaliste.

Au cours de cette deuxième nuit d’émeutes dans l’île, paralysée depuis un mois par une grève générale, plusieurs bandes de jeunes cagoulés et armés ont pris d’assaut les rues de plusieurs villes, pillant des commerces ou érigeant des barrages.

Face à cette éruption de la violence, le leader du collectif LKP, Elie Domota, a lancé sur plusieurs radios un appel au calme, tout en exprimant une grande colère à l’égard du pouvoir métropolitain, "parce que ça fait un mois, un mois que des milliers et des milliers de Guadeloupéens descendent dans la rue pour alerter l’Etat, alerter les élus, alerter le patronat sur la situation sociale ; et en face, c’est le ’jemenfoutisme’". Aujourd’hui, a-t-il ajouté, "ce n’est pas simplement la signature d’un quelconque protocole sur les salaires qui va régler la situation (...) Je crois que le malaise est encore plus profond qu’on ne pouvait l’imaginer. Parce que c’est quasiment la Guadeloupe qui est en train d’exploser".

A 7 000 kilomètres des évènements, le gouvernement a multiplié les appels au calme et estimé que l’heure est plus que jamais à la négociation pour mettre fin à l’engrenage. Condamnant les violences, le Premier ministre, François Fillon, a exigé que des mesures soient rapidement adoptées. "Les médiateurs devraient formuler des propositions rapidement. Les acteurs qui ne saisiront pas l’opportunité de cette médiation prendraient une lourde responsabilité", a-t-il précisé.

De son côté, le ministère de l’Intérieur, désormais en première ligne, a affirmé, lors de la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, que "les pillages, les violences contre les personnes, les exactions ne sauraient être tolérés et ne le seront pas", avant d’annoncer la tenue, à partir de ce jour, d’une réunion quotidienne sur la sécurité aux Antilles.